Dernier jour en Martinique. Nous nous tâtons pour une des randos les plus difficiles de l’île : la crête des Pitons. Ce sont les mamelons en arrière plan de la photo ci-dessous.

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L’accès est très mal indiqué, tant dans le guide vert que sur le terrain. Des panneaux « Attention danger de mort » « Attention champs de tir » « Attention randonnées très difficile » « Attention vertiges et perte d’orientation possible » « Attention randonnée à faire uniquement avec guide » inquiètent un peu Xav qui n’est pas très chaud mais se laisse quand même entraîner par Titine… Nous nous perdons dans les parages de l’hôpital psychiatrique, d’où l’on entend des hurlements humains pas très rassurants… Pourvu qu'on ne rencontre pas de cas grave évadés dans la forêt !! Après quelques tentatives sur des sentiers qui ne mènent nulle part, nous nous enfonçons dans une très belle forêt tropicale. Nous nous rassurons à la vue des de taches de peinture sur des troncs ou des rochers qui nous indiquent le chemin.

L’attaque est très raide et nous grimpons péniblement pendant un long moment. Les sueurs dégoulinent. Le poul s'accélère. Il faut souvent s’arrêter pour reprendre nos souffles, respirer l’air frais, et se désaltérer. Plus on monte, plus la forêt s’éclaircit. La vue de part et d’autre de l’arête de la crête est dégagée, et des panoramas extras s’offrent à nous. Au premier plan, la forêt vue en plongée. C’est vrai qu’il vaut mieux éviter d’avoir le vertige !! Quand le regard s’éloigne, les yeux caressent les douces rondeurs des collines. Au loin se dessinent les villes. Au large est peint le bleu de l’océan… Les plus belles vues sans doute qu’on ait eues depuis notre arrivée ! Dommage pour les appareils photos volés !!

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Au fur et à mesure de l’ascension, l’atmosphère se rafraîchit, et les arbres rapetissent et se chargent de lichens pendantes, puis disparaissent pour ne laisser place qu’à la savane d’altitude. Des herbes folles et tranchantes envahissent le sentier qui en devient quasi invisible. Evidemment il est impossible de voir les taches de peintures-repère.

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Nous nous dirigeons donc à pieds-tâtons. Chaque pas nécessite une attention particulière. D’énormes rochers glissants, et des passages dans la boue nous mettent parfois les fesses à terre. Nos chevilles se font aussi de temps à autre piéger par des fissures bien cachées. Il faut se relever et savoir continuer avec sang froid. Doutes, hésitations et manques d'assurance font facilement perdre l'attention et le contrôle lucide de la situation. La crête est étroite et vertigineuse. La maîtrise de son corps et de son esprit est importante. Sinon, c’est le risque d’une chute dans le vert du vide !! Nous nous rendons bien compte à ce stade que la marche, assez sportive et périlleuse, n’est effectivement pas donnée à tout le monde ! D’ailleurs, nous sommes quasiment les seuls sur le sentier, à se demander si nous ne sommes pas perdus…

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L’expérience nous plait. Ivresse de la marche, comme d’habitude. Air pur. Beauté et majesté de la nature en plus. Et pour couronner le tout, un quelque chose qui évoque l’aventure, la vraie… Pas de place à la rigolade quand des pentes par ci par là sont si fortes que l’utilisation des cordes de sécurité pour grimper ou descendre en rappel est plus que nécessaire. Impossible de faire autrement, sinon, c’est l’accident assuré ! Sur plus de dix mètres, en deux ou trois fois, nous nous sommes déplacés ainsi, agrippés aux cordes, usant des forces de nos bras, et râpant l’intérieur de nos mains. Une fois les deux monts aux formes de tétons  parcourus, la descente finale de la crête nous fait pénétrer à nouveau doucement dans la forêt très humide.

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Mais avant, passage obligé à travers des buissons, dont les branchages nous déchirent parfois la peau. Titine, petite de taille, est lacérée d’égratignures jusqu’au visage !! A la sortie de la forêt, il faut encore marcher quelques kilomètres de route pour retourner à la voiture ! Il nous aura fallu cinq heures de marche pour achever notre dernière randonnée en Martinique. L’une des meilleures de l’île selon nous…